Mesdames, Messieurs,
Merci d’avoir répondu à notre invitation.
Nous sommes le 28 avril, journée mondiale de la sécurité et la santé au travail.
Une journée censée rappeler une évidence :
le travail ne doit pas abîmer, ni physiquement, ni psychologiquement.
Et pourtant, à la DDFIP 54, comme à la DGFIP dans son ensemble, nous constatons l’inverse.
La réalité de terrain est claire : la surcharge de travail est devenue la norme, le sous-effectif la règle.
Dans notre administration 50 000 emplois ont été supprimés depuis 2002. En 2009 les effectifs étaient de 124 617 agents, 89 420 en 2024. 550 emplois supplémentaires sont supprimés cette année à la DGFIP, 12 dans le département.
Chaque jour, les agents doivent faire face à des charges de travail en constante augmentation, des missions toujours plus nombreuses et complexes, des délais irréalistes imposés sans moyens supplémentaires. Résultat : les collègues souffrent et on observe des tensions accrues entre collègues et avec les usagers.
Ajoutons quelques autres éléments de contexte : La Direction générale des Finances publiques (DGFiP) a été frappée en 2025 par une vague dramatique : 19 suicides et 23 tentatives. Un véritable choc, un tsunami humain.
2026 commence sous les mêmes auspices inquiétants : déjà 1 suicide et 9 tentatives au premier trimestre. Derrière ces chiffres, ce sont des collègues, des vies brisées, des collectifs de travail meurtris.
En ce moment même a lieu devant les locaux de la SNCF à Paris une conférence de presse à l’initiative de nos camarades de Sud Rail, Sud Education, Sud PTT et Solidaires Finances Publiques. On se souvient tous du procès Orange à la suite de la vague de suicide entre 2006 et 2011. Depuis janvier, 10 cheminots ont mis fin à leurs jours. Les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. Pression, productivité, réorganisations, management toxique. Les mêmes causes produisent partout les mêmes effets.
Recentrons-nous sur les finances publiques.
Même si nous savons que ces drames sont multifactoriels, l’inaction de l’administration pour savoir si le travail, son organisation et son management, n’est pas un élément déclencheur, nous sidère. En effet, malgré des consignes claires, certaines directions locales ne font pas remonter les informations à la direction générale. Et celle-ci, manifestement, ne se donne pas les moyens de contraindre les directions défaillantes. Faut-il y voir une forme de complaisance ? Car moins on remonte, moins on voit. Moins on voit, moins on agit.
A ce propos : La revue Politis du mois d'Avril a publié une enquête sur la DGFIP, le titre est évocateur "des agents en souffrance et toujours moins de moyens. L’article traite des objectifs intenables, de la souffrance mal prise en compte et des suicides de 2025.
“Ce que nous dénonçons aujourd’hui, ce n’est pas une erreur. C’est un système.”
Si nous vous avons conviés aujourd’hui, ce n’est pas par facilité.
C’est parce que, dans certaines situations, le silence devient une forme de complicité.
Ce que nous allons vous exposer concerne plus particulièrement la Direction départementale des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.
Et nous le disons d’emblée :
- il ne s’agit pas de cas isolés.
- il s’agit de pratiques.
Nous allons vous parler de collègues fragiles poussés vers la sortie, d’accidents de service ou de maladies à caractère professionnel non reconnus.
Le droit est pourtant clair.
Dans la fonction publique, lorsqu’un accident survient sur le lieu et dans le temps du service, il est présumé imputable au service.
Cela vaut aussi pour les atteintes psychiques :
malaise, crise d’angoisse, décompensation, tentative de suicide.
- L’agent n’a rien à prouver.
- C’est à l’administration de démontrer que cela n’a rien à voir avec le travail.
Mais ce que nous constatons à la DDFIP 54 est tout autre.
Nous voyons :
-
des imputabilités systématiquement contestées,
-
des expertises médicales à répétition,
-
des avis médicaux ignorés,
-
et des agentes fragilisées soumises à des pressions administratives.
- Autrement dit : une inversion complète de la logique de protection.
Nous allons vous présenter plusieurs situations.
Des situations concrètes.
Une tentative de suicide sur le lieu de travail, dont l’imputabilité a été remise en cause au départ par l’administration malgré l’expertise favorable qu’elle avait sollicité.
“Même face à une tentative de suicide sur le lieu de travail, l’administration doute encore.”
Une agente hospitalisée après un malaise en formation, qui doit encore se justifier.
Une maladie professionnelle reconnue médicalement, mais refusée administrativement.
Une agente mise à la retraite pour inaptitude totale et définitive alors qu’elle est pratiquement guérie de son covid long.
Derrière ces dossiers, il y a des personnes.
Des vies
Des collègues.
Et pendant ce temps, au niveau national, la DGFiP affirme faire de la santé mentale une priorité.
Il existe un plan de prévention des risques psychosociaux.
Il existe des engagements.
Il existe des discours.
Mais sur le terrain, ici, nous constatons l’inverse.
On ne peut pas afficher une politique de prévention et refuser de reconnaître les conséquences du travail sur la santé des collègues.
Nous le disons avec gravité :
Quand des agentes doivent se battre, parfois devant les tribunaux, pour faire reconnaître ce que la loi leur accorde déjà, c’est que le système ne fonctionne plus.
Notre objectif aujourd’hui est simple :
-rendre visibles ces situations,
- faire respecter le droit,
- et obtenir que ces pratiques cessent.
Parce que derrière chaque dossier, il y a des vies.
Et que la santé des agents ne peut pas être une variable d’ajustement.
Pour conclure je dirais qu’“Aujourd’hui, même les avis médicaux ne sont plus respectés.”
Que “Des agentes doivent se battre pour faire reconnaître ce que le droit leur accorde déjà.”
Que “Ce ne sont pas des erreurs, c’est un système.”
Je vous remercie.
Nous nous tenons à votre disposition pour répondre à vos questions.
Voici quelques questions qui ont été posées lors de cette conférence :
“Est-ce que ce sont des cas isolés ?”
Réponse :
Non. Ce que nous dénonçons, ce n’est pas une succession d’accidents isolés.
Ce que nous observons, c’est une logique de gestion :
remise en cause systématique des imputabilités, multiplication des expertises, non-respect des avis médicaux.
“Quand les mêmes pratiques se répètent dossier après dossier, ce n’est plus un hasard, c’est une méthode.”
“Pourquoi faire une conférence de presse maintenant ?”
Réponse :
Parce que nous sommes le 28 avril, journée mondiale de la santé et sécurité au travail et qu'il y a des actions partout en France et dans le monde. Voir
Ici
Parce que nous avons d’abord tenté le dialogue.
Nous avons écrit à la direction qui nous à reçus, nous avons écrit à la DG, qui nous a répondu, nous avons alerté en instance, et malgré cela, plusieurs situations graves persistent.
Et aussi parce que Solidaires Finances Publiques tout comme l'union syndicale Solidaires mènent une campagne nationale sur la santé au travail. Ici et ici
“Quand le droit n’est pas respecté en interne, il faut le rendre visible publiquement.”
“Vous mettez en cause directement la direction locale ?”
Réponse :
Nous mettons en cause des décisions et des pratiques.
Mais oui, ces décisions sont prises localement et elles engagent la responsabilité de l’employeur.
“L’administration dit qu’elle n’est pas obligée de suivre les avis médicaux”
Réponse :
C’est vrai juridiquement… mais ce n’est pas un blanc-seing.
S’écarter d’un avis médical doit être :
• exceptionnel
• motivé
• fondé sur des éléments sérieux
Or, ici, nous constatons des refus sans élément médical nouveau.
“Quand l’administration remplace l’expertise médicale par sa propre appréciation, il y a un problème grave.”
“Est-ce que vous exagérez la situation ?”
Non. Tous les éléments que nous avançons sont documentés :
• expertises médicales,
• avis de conseils médicaux,
• décisions administratives.
“Nous ne sommes pas dans l’opinion, nous sommes dans les faits.”
“Quel est le lien avec les suicides à la DGFiP ?”
Le lien est direct.
Quand :
• la souffrance au travail n’est pas reconnue,
• les agents doivent se battre pour leurs droits,
• les situations sont niées ou minimisées,
cela aggrave les risques psychosociaux.
“On ne peut pas prévenir les drames si on refuse d’en reconnaître les causes.”
“Que demandez-vous concrètement ?”
Rien d’extraordinaire.
Nous demandons simplement :
• l’application du droit,
• le respect des avis médicaux,
• et la protection des agents.
“Nous ne demandons pas des faveurs, nous demandons l’application de la loi.”
“Pourquoi certaines agentes ont saisi la justice ?”
Parce qu’elles n’ont pas eu d’autre choix.
Quand l’administration refuse d’appliquer le droit, le recours au juge devient le seul moyen de faire valoir ses droits.
“Quand des agentes doivent aller au tribunal pour faire reconnaître un accident de service, c’est que le système ne fonctionne plus.”
“Est-ce que vous accusez l’administration de maltraitance ?”
Nous parlons de maltraitance institutionnelle, au sens où :
• des décisions administratives aggravent des situations humaines déjà fragiles.
“Qu’attendez-vous après cette conférence ?”
Deux choses :
- Que les situations en cours soient réexaminées dans le respect du droit
- Que ces pratiques cessent durablement
“Notre objectif n’est pas de faire du bruit, c’est d’obtenir des changements.”
“Pourquoi les agentes ne sont-elles pas présentes ?”
“Nous respectons leur situation. Notre rôle est aussi de les protéger.”
• Mais si vous le souhaitez, nous pourrons leur fournir vos coordonnées et elles vous contacteront.



