Depuis quelques jours, les annonces de cyberattaques à l'encontre de la DGFIP et de fuites de données se multiplient :
- revendication le 12 août d’une cyberattaque intervenue fin juin et d’une fuite de données concernant quelque 678 000 contribuables (392 867 particuliers et 285 570 professionnels) ;
- le 14 août, une seconde fuite est revendiquée : les données cadastrales de plus de 2 millions de propriétaires auraient été extraites ;
- le 18 août, on apprend qu’une vulnérabilité affecterait le portail consacré aux successions vacantes, un très grand nombre de données étant consultables sans identification préalable.
A la suite de ces fuites, plusieurs mesures ont été prises par la DGFIP :
- Coupure de l'accès au portail PIGP jusqu'à la mise en place de la double authentification.
- Coupe d'un certain nombre d'accès à des applications pour les partenaires extérieures (comme les notaires)
- Réinitialisation totale de la double authentification pour l'ensemble des particuliers pour accès à impot.gouv dans les prochains jours
- Changement des mots de passes pour l'ensemble des agentes et agents de la DGFIP (prochainement)
- D'ici fin d'année 2026 pour la sécurisations des postes de travail, la DG compte donner à l'ensemble des agentes et agents des “TOKEN d'authentification USB” pour déverrouiller le PC de manière sécurisée
- Formations renforcées sur la cybersécurité et campagne interne d’hameçonnage plus régulière
Hier, notre Directeur régional a adressé un message aux agent.es de la DRFIP 75 pour les informez de la communication adressée aux usager.es concerné.es et de l’accompagnement qui doit être mis en place.
Il les enjoint en outre à la vigilance, mais de leur accompagnement par contre, pas un mot alors même qu’elles et ils peuvent être victimes de ce piratage à double titre.
En effet les personnels de la DGFIP peuvent être victimes en tant qu’usager.e mais également en tant qu’agent.e des Finances Publiques.
Aussi, nous avons décidé d'interpeller le Directeur sur ce sujet.
Voilà le message que nous lui avons adressé :
M le Directeur,
Vous avez adressé hier un message à l’ensemble des agent.es de la DRFIP 75 au sujet des cyberattaques subies par notre administration et de l’accès illégitime au système d’information de la DGFiP.
Vous y informez les agent.es de la communication adressée aux usager.es concerné.es et de l’accompagnement qui doit être mis en place. Vous enjoignez les agent.es à la vigilance, mais de leur accompagnement par contre, pas un mot alors même qu’elles et ils peuvent être victimes de ce piratage à double titre.
En effet les personnels de la DGFIP peuvent être victimes en tant qu’usager.e mais également en tant qu’agent.e des Finances Publiques.
Solidaires Finances Publiques a pu prendre connaissance très facilement sur Internet d'un échantillon présenté comme provenant des données extraites, et qui correspond à une copie écran d’e-contact (nous avons masqué les données à caractère personnel) :
Sous réserve de son authentification et de la confirmation de son origine par la DGFiP, cet échantillon comporte de nombreuses informations concernant un contribuable : identité, coordonnées, situation familiale, revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source, mais également l'historique des échanges avec la DGFiP.
Dans ces échanges, apparaît également l'identification des agent.es ayant assuré le suivi d'une demande. Dès lors qu'une information permet d'identifier directement ou indirectement une personne, elle constitue une donnée à caractère personnel. C'est le cas lorsqu"apparaissent le nom et le prénom d'un.e agent.e, son service, son identifiant professionnel ou toute information permettant de l'associer aux dossiers qu'il ou elle a traités.
Les agent.es disposent, à ce titre, des droits prévus par le RGPD.
On remarquera d’ailleurs, que contrairement aux dispositions de l’article 33 du RGPD qui impose un délai de 72 heures, la DGFIP n’a notifié l’incident à la CNIL qu’après de 48 jours (!), soit le lendemain de sa révélation par le hacker lui-même (voir communiqué DGFIP du 13 août). Or elle était au courant de l’intrusion dès fin juin. Notre syndicat avait d’ailleurs alerté la DG à ce moment-là (en juin 2026, donc) des risques de « piratage, d’usurpation d’identité ou d’hameçonnage ciblé ». Mais ces mises en garde, comme tant d’autres, ont été ignorées par la DGFIP. Que se serait-il passé si le hacker n'avait jamais revendiquer ses actes ?
Lorsque leurs données sont concernées par une violation susceptible d'engendrer un risque élevé pour leurs droits et libertés, l'article 34 du RGPD prévoit que les personnes concernées doivent en être informées dans les meilleurs délais.
La DGFIP met en œuvre une information individuelle des usager.es victimes des fuites. Mais qu’en est-il pour les collègues à titre professionnel ?
La question ne se limite pas au RGPD (et à l’accès aux données personnelles).
Si l'identité d'un.e agent.e peut être associée à une véritable démarche effectuée par un.e contribuable, cette information peut être utilisée pour rendre une escroquerie particulièrement crédible. Un fraudeur pourrait utiliser le nom du véritable agent ou de son service pour contacter un contribuable et gagner sa confiance.
À l'inverse, les agent.es eux-mêmes pourraient être ciblés. : phishing personnalisé, usurpation d'identité professionnelle, appels frauduleux ou tentatives d'obtenir de nouvelles informations en se faisant passer pour un.e collègue, un service informatique ou un.e usager.e.
La DGFiP, en tant qu'employeur, doit donc également évaluer les conséquences de cette cyberattaque pour ses personnels et mettre en œuvre les mesures de prévention et de protection nécessaires.
Les investigations menées par la DGFiP doivent aussi permettre d'établir si des agent.es figurent parmi les personnes dont les données ont été compromises.
Solidaires Finances Publiques Paris vous demande donc de préciser :
-
si des données personnelles concernant des agent.es de la DRFIP 75 ont été consultées ou extraites;
-
quelles catégories de données sont concernées ;
-
combien d'agent.es parisien.nes pourraient être touché.es ;
-
si ces agent.es seront bien individuellement informé.es ;
-
que ces agent.es bénéficieront bien de mesures d’accompagnement et de la protection fonctionnelle
-
quels risques de phishing, d'usurpation d'identité professionnelle ou de ciblage ont été identifiés ;
-
quelles mesures de protection et quelles consignes seront mises en place ;
-
comment les agents pourront exercer leurs droits sur les données les concernant.
Nous demandons également que les représentant.es du personnel soient pleinement informé.es des conséquences de cet incident pour les agent.es et des mesures de prévention mises en œuvre.
Nous espérons que votre communication sera plus fluide et moins opaque sur ce point que celle de la Direction Générale.
Les personnels de la DGFiP travaillent quotidiennement avec des données fiscales particulièrement sensibles. L'administration exige légitimement d'eux le respect absolu de la confidentialité et une consultation à caractère strictement professionnel.
Ils et elles sont tout aussi légitimement en droit d'attendre de leur employeur qu'il protège leurs propres données, leur identité professionnelle et les conditions dans lesquelles ils et elles exercent leurs missions.
Les agent.es ne sont pas seulement les utilisateurs du système d'information lorsqu'une cyberattaque survient. Ils et elles peuvent aussi en être les victimes.
Solidaires Finances Publiques Paris sera particulièrement vigilant sur ce point et demandera que toute la transparence soit faite sur les conséquences de cette attaque pour les personnels.
Concernant l’exercice des missions, outre l’accompagnement des contribuables qui risquent entraîner une surcharge importante de travail dans les SIP, voire dans les SIE et CDIF, nous avons appris qu'un certain nombre d'accès à des applications pour les partenaires extérieurs (comme les notaires) sont coupés. Cela va occasionner des démarches supplémentaires, mais également une surcharge de travail dans les SPF et SDE (s’il doit y avoir un afflux d’usager.es en SDE, le futur accueil d’Uzès va poser d’importants problèmes).
Nous vous demandons de nous préciser :
-
quels impacts sur le travail ont été identifiés ;
-
quelles mesures et priorités vous entendez mettre en œuvre ;
-
quel soutien va être apporté à ces services.
Nous vous demandons en particulier de nous indiquer si la fusion des codes SAGES correspondant aux anciennes DSF est toujours envisagée au 1er janvier 2027, et par extension, ce qu’il en est de la demande d’apurement des comptes d’imputation provisoire en SIE et PRS.
Nous avons déjà écrit à la responsable du PGF pour lui faire part de l’inquiétude des collègues en charge de la comptabilité face à la surcharge de travail actuelle et future (avec la réaffectation a posteriori des montants qui auront été placés en reliquat divers) et à l’injonction contradictoire entre exigence de respecter rigoureusement les process comptables et traitement rapide d’une grande quantité d'opérations comptables notamment par le basculement en reliquat divers de montants dont le suivi sera plus fragile et moins fiable que dans MEDOC..
L’absence de réponse (ou ce que nous prenons comme tel) nous exaspère, ainsi que les collègues en charge de la comptabilité.
(...)
Pour en revenir aux mesures envisagées par la DGFIP suite aux cyberattaques subies par notre administration, concernant les formations renforcées sur la cybersécurité, nous insistons une nouvelle fois sur la nécessité que les formations importantes et obligatoires soient dispensées en présentiel. En effet nous déplorons fortement la mise en place de plus en plus courante de parcours en ligne qui, en dehors du sempiternel aspect « économie budgétaire », permet à notre administration de « cocher une case », sans se préoccuper de l’efficacité d’une telle formation.
Enfin, avec la coupure de l'accès au portail PIGP, les collègues en détachement externe (et peut-être d’autres catégories de personnels) n’auront plus accès à leur messagerie DGFIP. Aussi nous vous demandons de nous préciser ce qui sera mis en place pour maintenir les relations avec ces collègues.
Suite à cette très grave crise, lourde d’impacts pour la DGFIP, la confiance doit non seulement être rétablie avec les contribuables, les usager.es, les partenaires, mais également avec les personnels de notre administration à qui l’on demande en permanence d’être exemplaires (en termes de comportement comme d’économies budgétaires) sans leur accorder la moindre reconnaissance.
Aussi nous attendons que vous ne vous contentiez pas uniquement de rechercher des responsabilités individuelles, mais que vous apportiez également un soutien sincère et réel aux personnels de cette Direction, déjà durement éprouvé.es par les canicules successives, les conditions de travail dégradées et les déménagements et restructurations incessants.
Cordialement,
Le secrétariat de section de Solidaires Finances Publiques Paris

