Monsieur le Directeur Général-Adjoint,
Solidaires Finances Publiques 78 souhaite évoquer avec vous un certain nombre de points qui font l'objet de préoccupations quotidiennes pour les personnels.
Nous allons commencer par l'incontournable sujet des suppressions d’emplois d’une part et du nouveau mode de calcul des emplois sous le prisme des équivalents temps plein. Ces deux mots désorganisent notre service public, alourdissent la charge de travail et limitent la chasse aux 100 milliards de fraude fiscale, accroissant indirectement la dette de la France. En effet, la question sous-jacente ne porte pas sur les emplois, mais sur le travail et sur les moyens de faire du travail de qualité. Les agents estiment que vous ne leur donnez pas les moyens de « faire du bon travail ».
Ils ne se laissent pas convaincre par une IA qui devrait non pas les suppléer, les remplacer, mais les accompagner. Simplifier le langage en remplaçant « mensuellement » par « tous les mois » et « adresser » par « envoyer » est courtelinesque et il s'agit là d'agitations cérébrales de technocrates imbus de leur prétendu savoir. Cela n'aura pour seul effet, en les déconsidérant, d'humilier les agents qui rédigent et de considérer ceux qui leur répondent comme des acculturés, des riens.
Les agents expriment plus directement leurs préoccupations par l'expression « on veut de l'argent et des gens ».
Pour illustrer le second item, rien ne vaut un cas concret : un agent recruté cadre C en 2017, qui a passé les concours de contrôleur 2ᵉ classe et de 1ʳᵉ classe qui est au 3ᵉ échelon aura une fiche de paie de 2138 Euros net.
Comparons cette situation à celle d'un agent recruté cadre C en 2025 qui enchaîne avec la réussite au concours de contrôleur et qui est classé au 2ème échelon. Il verra sa fiche de paie s'établir à 2040,53 euros nets.
Que conclure ? Que 8 années d’expérience, X et d’avancement de carrière valent 97,47 euros soit une progression annuelle de 12,18 euros, le prix d'une bouteille par an d'huile d'olive. Quelle reconnaissance pour les agents ! Quelle attractivité pour notre administration ! Quelle ambition pour ce qui fut un jour une grande maison ! Une Direction où nous étions mieux payés que dans bien d'autres administrations ! Ceux, qui rejoignent la DGFIP, le font-ils pour la qualité de vie au travail ? Là encore, nous allons devoir vous exprimer la rancœur des agents. Les conditions de vie au travail, si elles font l'objet de maintes communications n'en sont pas moins dégradées.
L'observatoire interne en donnera certainement une photographie, même si les questions fermées empêchent de traduire le mal-être aussi nettement qu'il est ressenti.
Si nous devions définir d’un mot le ressenti des agents, nous dirions « désabusés » et ce terme peut s’employer aussi bien pour les agents que pour les cadres.
Les postes au choix, qui sont maintenant l‘apanage des cadres A dès l'ENFIP pour le mouvement local, ne sont qu'une vaste «fumisterie» chronophage et qui ne seront en aucun cas la garantie d’avoir le bon agent sur le bon poste. En tant que section, nous avons eu des inspecteurs élèves stressés et inquiets au téléphone, certains postes offerts l'étaient dans des domaines qu'ils n'avaient pas encore étudiés. Ils tâtonnaient à l'aveugle dans les dédales du choix. Le choix imposé dès l'ENFIP est le résultat d’une analyse théorique qui ne tient pas face à la réalité du terrain.
Pour rester dans le domaine de la formation, il serait grand temps de considérer le transverse comme un métier et donc comme une filière. Nous voyons tous les jours les difficultés auxquelles doivent faire face nos collègues des RH pour gérer des situations personnelles ou collectives. La santé mentale est au centre des préoccupations de la société en général et de la DGFIP en particulier où le nombre de suicides ou de tentatives en est un révélateur. Face au mal-être grandissant si les problèmes sont analysés, les moyens d’y remédier ne sont pas au rendez-vous. Le CSAL dans sa Formation santé et sécurité au travail est tout aussi démuni, avec l'arrivée des crédits (de plus en plus réduits) au mois d’avril et un service fait fin du mois de septembre en raison des contraintes électorales. D'autre part la lourdeur de la réforme qui saucissonne le budget en plusieurs catégories, ce qui rend les formations à mettre en place encore plus complexes.
Solidaires Finances Publiques 78 souhaite mettre l'accent sur la situation du Conseil médical mis en place suite aux dernières élections professionnelles. Non seulement l'administration a lancé un simple appel à candidature à tous les agents pour siéger dans cette instance, mais de surcroît ne leur a fait bénéficier d'aucune formation. Or les enjeux liés à la décision du Conseil médical peuvent être lourds de conséquence pour les collègues dont le dossier est examiné, que ce soit en termes de maladie professionnelle ou d’accident du travail. À cela s'ajoute l'état d'incurie des membres du corps médical qui y siègent et l'indigence des rapports médicaux faits par les médecins agréés par l'ARS dont les rapports sont à la hauteur des émoluments que l'administration leur verse. Solidaires Finances Publiques 78 dénonce aussi le manque d’information des agents pendant l'exercice de leurs missions, quand ils subissent des revers de santé ils sont, et on les comprend aisément, davantage concentrés sur leur rétablissement que sur les conséquences administratives.
Solidaires Finances Publiques 78 a été confronté à des situations managériales compliquées, il nous semble qu‘une partie de la réponse serait dans une meilleure formation initiale des cadres supérieurs. La Délégation d'lle de France propose de nombreux accompagnements pour les cadres en cours de carrière, la plupart basés sur le volontariat. Il s'avère que ceux, qui en auraient le plus besoin, ne ressentent pas l'utilité d’y avoir recours. La bonne volonté et l'écoute de notre direction locale ne peuvent pas toujours trouver de réponse satisfaisante et immédiate dans le cas d'un management toxique. L'exemplarité ne doit pas concerner les seules questions déontologiques mais l'ensemble du savoir-être. Nous le savons tous que travailler dans de bonnes conditions rend le travail plus agréable et efficace quelle que soit la difficulté de la tâche.
Pour Solidaires Finances Publiques 78 la formation des jurys pour le recrutement externe aurait également besoin d’être renforcée, afin de ne pas se contenter de présenter toutes les situations professionnelles futures sous un angle négatif. Notre administration n'a-t-elle pas à offrir des challenges et une vie professionnelle épanouissante ? Dans le domaine du recrutement, Solidaires Finances publiques 78 se fait l’écho de la demande nationale pour un volume plus important de places pour l'examen professionnel, 150 places étant un volume nettement trop insuffisant. Il est aussi important de recruter des agents C, c'est sur eux que reposent les tâches du quotidien, nous demandons que les agents figurant sur la liste complémentaire soient appelés au-delà de l'appel déjà réalisé, comme cela a été le cas pour les inspecteurs principaux.
Enfin Solidaires Finances Publiques 78 se fait le porte-parole des collègues de la sphère gestion publique qui subissent les conséquences de l'indisponibilité d'Hélios. Il vous revient de veiller à ce que la charge de travail et ses conséquences dans tous les services impactés ne pèsent pas sur les collègues, il leur faut des consignes claires, pour établir des priorités et un étalement réaliste des travaux à rattraper.
Solidaires Finances Publiques 78, à quelques jours du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, dénonce avec la plus extrême vigueur le projet de décret qui sera soumis au Conseil Commun de la Fonction Publique du 11 mars 2026.
En effet, il est inacceptable que les parents en général, et dans les faits les femmes, soient pénalisées par un recul significatif du nombre de jours pour garde d’enfants malades. Par ailleurs le projet ne contient aucune avancée concernant le droit des femmes : rien sur l'heure de décharge des femmes enceintes, pas d’évolution pour les femmes allaitantes, rien pour les proches aidantes. À quoi servent les déclarations sur l'égalité professionnelle, si un décret détruit le droit actuel ? Si Solidaires Finances Publiques 78 termine cette adresse, il ne saurait la conclure, car la conclure signifierait que tous les points mis en exergue auraient trouvé une réponse et que la lutte pour un monde du travail juste, apaisé et enrichissant serait achevée.
Solidaires Finances Publiques 78 fait siens les propos de Jean Jaurès : « il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucuns remords pour le présent et une confiance inébranlable pour l'avenir. »
