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La semaine de 4 jours : Bonne idée ou de la poudre aux yeux ?

 

Au travers d’une interview sur les ondes, puis lors du CSAM du 11 mai, le Ministre chargé des Comptes publics a fait état d’une « mesure de progrès social » : la semaine de 4 jours, une expérimentation étant déjà en cours dans le Ministère.

En effet, les agents de l'Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d'allocations familiales (Urssaf) de Picardie sont déjà en train de tester pour une durée d'un an la semaine de 36 heures en quatre jours (3 agents l’ont choisie sur une population de 200).

Dans son intervention G. Attal a officiellement annoncé que cette expérimentation serait faite à la DGFiP. Le périmètre et les modalités seront présentés aux organisations syndicales représentatives. Sans préjuger du contenu de l’expérimentation, Solidaires Finances Publiques porte un œil critique sur ce qui s’est fait ailleurs.

Cette idée n'est pas nouvelle, et s'inscrit pleinement dans l’organisation du temps de travail parfois avec une réduction du temps de travail.

D'abord dans certaines entreprises du privé (souvent des start-up), elle est également en œuvre dans des administrations en Belgique ou encore au Royaume Uni. Certaines entreprises étant revenues à 5 jours, car cette organisation de travail n'est pas adaptée dans tous les domaines.

 

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Comme son nom l’indique, la semaine de 4 jours consiste à travailler 4 jours au lieu de 5. Les salariés bénéficient ainsi de 3 jours de repos au lieu de 2.

Plusieurs options ont été mises en œuvre :

 

• Réduction du nombre d’heures de travail hebdomadaires en passant d’une semaine de 35 heures à

une semaine de 32 heures : les salariés travaillent alors 8 heures par jour et bénéficient d’un jour de congé supplémentaire.

• Augmenter le temps de travail journalier : les employeurs répartissent les 35 heures prévues dans le contrat de leurs collaborateurs sur 4 jours au lieu de 5.

 

Quelle que soit la solution choisie, le salaire de l’employé doit être maintenu à l’identique.

 

Et si ça s’appliquait chez nous à la DGFIP ?

Si on transpose cette expérimentation à la DGFiP il faut se rappeler d’où on part. Les 35 heures, au moment de la concertation, avaient abouti à la mise en place de 5 modules horaires (35h à 38h30 hebdomadaires). A chaque module correspond un certain nombre de jours d'ARTT dans l'année (pour un temps plein: de 0 à 13 jours).

La durée quotidienne varie donc actuellement de 7 h 00 à 7 h 42 en fonction des modules.

 

En termes de projection voilà ce que pourrait donner le temps de travail avec une semaine de 4 jours sans réduction du temps de travail, si la DGFIP maintenait les mêmes modules horaires: de 8h45 à 9h37 de travail par jour, sans compter les pauses méridiennes !

Les agents conserveraient alors le même nombre d'ARTT.

 

Cependant, ces journées aux larges amplitudes horaires ne vendent pas du rêve en termes de conditions de travail.

 S'il s'agit de faire 35 heures en 4 jours, le salarié aura une charge de travail plus concentrée et donc plus lourde que celui qui effectue la même durée de travail mais en 5 jours. Travailler un jour de moins dans la semaine ne signifie donc pas forcément une charge de travail diminuer. Dès lors, la semaine de 4 jours peut devenir davantage une source de stress et même avoir des effets néfastes pour la santé.

 

On nous présente la semaine de 4 jours parée de toutes les qualités d'un modèle plus vertueux et, surtout, facile à appliquer. En vérité, elle est plutôt le nom d'un débat qui n'a pas lieu : celui qui porte sur la juste place du travail dans nos vies (particulièrement au regard de sa pénibilité). L'engouement pour la semaine de 4 jours reflète un besoin partagé de réviser les normes du travail salarié telles que nous les connaissons.

Pas étonnant que cette idée prenne autant de place dans les discours alors même qu'il va falloir travailler plus longtemps.

 

Si cette formule peut attirer dans un premier temps des agentes et des agents pour lesquels cela ferait une journée de moins de déplacement pour rejoindre son lieu de travail, le temps compressé mettra sur les 4 jours une pression importante pour les personnels.

En effet, pour les agentes et agents avec des enfants à charge cela obligera à les déposer dans un lieu de garde très tôt le matin et les récupérer très tard le soir.

Quant aux agents ou agentes qui faisaient de la récupération horaire, cela risque d’être plus compliqué.

 

Conclusion : Une équation à plusieurs facteurs

Comme lorsqu’il avait été évoqué l'arrivée du télétravail à la DGFiP, il convient de se poser et avoir une réflexion globale sur la semaine de 4 jours.

Si certains y voient tous les avantages, il convient de bien peser le pour et le contre et les conséquences en termes d'organisation du travail, d'égalité et de droits.

Depuis la crise sanitaire nombre de travailleurs et de travailleuses s’interrogent sur la place du travail dans nos vies respectives.

Si la semaine de 4 jours peut sembler répondre partiellement à ce besoin de retrouver sens dans nos vies, elle doit être réfléchie, posée dans un cadre large du temps de travail et de son organisation mais aussi des conditions de travail sans oublier l’exercice de nos missions au service de l’intérêt général Solidaires Finances Publiques reviendra sur ce sujet dès que les éléments de l’expérimentation seront connus et portera la semaine de 4 jours mais avec une réduction de temps de travail à 32 heures sans perte de salaire. Cette revendication permet de partager le travail en créant des emplois.

C’est à ces conditions que l’on pourra parler véritablement de progrès social.