On entend beaucoup de choses souvent contradictoires, alors nous avons pris un peu de temps pour rédiger cette petite explication.

Ca peut paraître un peu long mais on compte sur vous pour cet effort de lecture avant le grand jour du 5 décembre.

Bonne lecture, amitiés syndicales

 

 

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Ce développement a été réalisé grâce à Wikipédia, les rapports du COR (Comité d'Orientation des Retraites) et un article de Yves FAUCOU paru ce jour dans le blog de Mediapart.

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Tout d'abord quelques chiffres, je sais, ce n'est pas toujours facile à appréhender mais faisons tout de même un effort. Ils ont le mérite d'éclairer et relativiser le débat en cours. 

Comment se situe la France économiquement au plan international ? 

Ce qui définit la richesse d'un pays c'est le PIB (Produit Intérieur Brut).

Pour faire simple le PIB est un indicateur économique qui permet de mesurer les richesses produites au sein d'un pays au cours d'une période déterminée.

 

En 2018, la France est la 6e puissance économique mondiale, selon la banque mondiale et le FMI, et la 3e puissance économique européenne. Avec un PIB nominal de 2 775,252 milliards de dollars, la France se place derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Allemagne et le Royaume-Uni

Si l'on traduit le PIB en euros cela donne un peu plus de 2353 milliards d'euros !

La notion de PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat complète l'approche de la richesse.

En 2017, la France se classe au 26e rang pour le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA), au-dessus de la moyenne de l'Union européenne qui est 28e.

Donc retenez bien que la France est au 6° rang mondial en terme de PIB, mais ramenée à la 26° place pour le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat, conclusion nous sommes riches mais les prix en France sont très élevés et tire la richesse individuelle vers le bas.

Et si on en venait au sujet premier la réforme des retraites.

Le déficit annoncé des retraites est là pour faire peur, mais il n’est même pas certain et, de toutes façons, pas très élevé.

Démontage de cette stratégie machiavélique destinée à affoler les citoyens se perdant dans des chiffres qui, en milliards, deviennent abstraits.

Gardez bien à l'esprit les chiffres que je vous ai sauvagement assénés précédemment...

Premier élément :

On entend dire que la réforme des retraites c'est pour limiter la dépense à 14% du PIB.

Petit calcul appliqué :

Variables de départ :

14% du PIB représentent 329,42 milliards d'euro.

Actuellement le budget affecté aux retraites s'élève à 325 milliards d'euro.

Admettons un manque de 10 milliards d'euro pour arriver à l'équilibre selon le COR.

Calculs :

En prenant en compte ces éléments, en se limitant au 14% du PIB en termes de dépenses pour les retraites le déficit réel s'élèverait à 5,58 milliards d'euro soit 1,69% du budget retraite et 0,23% du PIB global.

Conclusions :

Pas de quoi casser 3 pattes à un canard et surtout mettre à plat un système par répartition qui se veut de loin le plus équitable.

On est loin d’une faillite du système contrairement à ce que prétendent ceux qui, de façon calculée, cherchent à inciter les jeunes générations à plier l’échine, à croire que tout est perdu pour elles et donc à tout accepter : il manquerait donc, et ce n’est même pas sûr, 0,23 % du Pib ! 

10 milliards d’euros c’est :

- le bénéfice annuel de la BNP ou de Total ;

- le montant annuel des gains des jeux de hasard ;

- le montant accordé à l’hôpital avec reprise partiel de la dette de 30 Md€ ;

- la moitié de la suppression totale de la taxe d’habitation (mesure inexpliquée qui bénéficiera également aux classes supérieures, que personne ne demandait, purement démagogique et électoraliste lors de la campagne présidentielle, une réduction des montants aurait suffi) ;

- le quart des cadeaux accordés au patronat dans le cadre du CICE ;

- le double des cadeaux fiscaux accordés aux plus riches (dont ISF en partie supprimé).

Deuxième élément :

Le rapport de 2018 indique p63 :

L’évolution du solde financier du système de retraite
Malgré la hausse des ressources du système de retraite entre 2002 et 2017 (+ 1,8 point de
PIB), la hausse plus forte encore des dépenses (+ 2,1 points de PIB) s’est traduite par une
dégradation du solde financier du système de retraite18 sur la période. Ce dernier passe ainsi
d’un excédent annuel jusqu’en 2007 à un besoin de financement annuel, qui s’est fortement
creusé entre 2008 et 2010 mais se réduit depuis. Le système de retraite est ainsi quasiment
revenu à l’équilibre en 2017.

Le rapport de 2019 indique p50 :

2. L’évolution du solde financier du système de retraite

L’évolution du solde dépend de la dynamique respective des dépenses et des recettes. Les dépenses en part de PIB sont stables en 2025 et quasiment stables à l’horizon 2030 (à 0,1 point près selon les scénarios de croissance de la productivité). Les ressources diminuent mais l’ampleur de cette diminution dépend fortement de la convention retenue (entre 0,2 point et 0,8 point à l’horizon 2030).

2.1 Le besoin de financement du système de retraite varierait en 2025 entre 0,3 % et 0,7 % du PIB selon les scénarios et la convention retenue, soit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros constants

En projection et à l’horizon 2025-2030, le solde financier du système de retraite est assez peu sensible au rythme de croissance des revenus d'activité (ou de la productivité du travail) mais dépend de manière cruciale de la convention retenue.

Le solde du système de retraite en 2025 s’établirait ainsi entre -0,3 % (convention EEC, scénario 1,8 %) et -0,7 % du PIB (convention TCC, scénario 1 %) en 2025, soit entre 7,9 milliards d’euros constants et 17,2 milliards d’euros.

Le rapport de 2019 indique p66 :

Les résultats présentés doivent toutefois être interprétés avec précaution, car tous les scénarios n’ont pu faire l’objet d’une analyse systématique avec un modèle de microsimulation et certains ont été obtenus par extrapolation linéaire. Ils visent essentiellement à indiquer des ordres de grandeur afin d’éclairer le débat.

Conclusions :

En 2018 tout va bien, en 2019 attention il est possible que les choses évoluent négativement mais il ne s'agit que de projection tellement compliquées qu'elles ne sont que très hypothétiques.

Qui plus est, le COR écrit que le retour à l’équilibre est prévu pour 2030 ce que l’on se garde bien de préciser en haut-lieu. En admettant même que son scénario de déficit à 10Md€ soit fondé, il y a d’autres moyens de les compenser lorsque le souci premier des gouvernants est le bien-être des administrés. Il n’y aurait rien d’immoral à ce que le budget des retraites, massivement abondé par les cotisations salariales et patronales (salaire différé), le soit également par la contribution des plus fortunés pour permettre aux anciens salariés ayant cotisé de bénéficier d’un temps de retraite heureux. Si vraiment le but de la République est le bien-être de l’ensemble de ses citoyens.

Troisième élément :

L'avis des experts :

Christian Chavagneux, d’Alternatives économiques, expliquait dans l’émission d’Alexandra Bensaïd sur France Inter que les raisons du déficit étaient liées aux mesures prises par le gouvernement actuel : réduction d’emplois dans la fonction publique (80.000 emplois supprimés d’ici 2022), austérité salariale prolongée dans la fonction publique, et non compensation des exonérations des cotisations sociales pour la prime de Noël et pour les heures supplémentaires.

L’économiste ne craignait pas de parler de « stratégie diabolique » du Président de la République.

Emmanuel Lechypre, un des chroniqueurs économistes de BFMTV, reconnaissait qu’il s’agissait bien là de l’analyse du COR. Et les deux s’accordaient pour dire qu’il ne fallait pas faire travailler chaque salarié davantage, il valait mieux répartir le travail « avec beaucoup de gens qui travaillent ». C’est en effet, la réduction progressive de la durée du temps de travail qui a permis de créer des millions d’emplois depuis les années 60

C’est donc sur une tromperie organisée que l’on veut faire travailler les salariés plus longtemps (avec une réforme immédiate dite paramétrique) et que l’on veut aboutir à une réduction des montants des pensions de retraite (avec la réforme dite systémique).

Edouard Philippe a beau nous dire qu’il ne veut pas une baisse des pensions (en fait, la réforme Delevoye y conduira) ni une hausse des cotisations (et pourquoi pas, plutôt que de supprimer des cotisations sociales afin de permettre au patronat de ne pas augmenter les salaires).

Sibeth Ndaye, porte-parole du gouvernement, a beau invoquer, de façon démagogique et simpliste (l’argument est usé jusqu’à la corde), qu’il ne faut pas laisser la dette « aux générations suivantes » ou Richard Ferrand, président de l’Assemblée, peut toujours ânonner que l’on vit plus longtemps et surtout, affirme-t-il, « tendanciellement plutôt en bonne santé » (« c’est banal comme un nougat de Montélimar », métaphorise-t-il intelligemment, alors que l’espérance de vie en bonne santé stagne à 62,5 ans). Tout cela n’empêchera pas que les chiffres  et les données sont têtus, encore faut-il les connaître.



Tous ces éléments pour nous mobiliser davantage

le 5 décembre, il faut qu'ils arrêtent de nous

prendre pour des imbéciles !!!