Flash infos

Bonjour à tous,

en amont de la venue du Délégué de la Directrice Générale, Monsieur BONARDI, qui sera présent sur notre île du 26 au 30 octobre,

nous avons tenu à lui adresser, avant notre rencontre, le courrier ci-dessous sur nos spécificités et problématiques locales.

Bonne lecture.

 LOGO R1                                                                         Saint Denis, le 16 octobre 2026

Monsieur le Délégué de La Directrice Générale,

Il y a quelques années, lors d’une visite à La Réunion du Directeur Général des Finances Publiques, Jérôme Fournel, nous avions demandé la création et l’installation sur notre territoire d’un centre de contact.

Demande inhabituelle pour une organisation syndicale, relayée par aucune autre, mais ce qui nous importait c’était le territoire, les besoins de la Réunion.

Mêlant nos revendications et les intérêts de la DG, nous avons repris cette discussion dans son bureau à Paris la même année...jusqu’à ce jour d’octobre 2026 où notre centre de contact des professionnels a ouvert ses portes à St Benoît.

Nous nous en félicitons car cette idée, qui paraissait ubuesque au départ a pu devenir réalité grâce à une volonté commune d’y croire coûte que coûte et cela avait du sens.

Entre-temps, il y avait eu Garance, un territoire martyrisé qui en porte toujours les stigmates mais qui s’est relevé avec courage et résilience.

Entre-temps, il y a eu des crises, guerres, crises diverses et beaucoup d’instabilité économique.

Nous souffrons de retards structurels, département depuis 1946 seulement, il a fallu tout construire sur les restes d’un passé colonial qui maintenait l’île en état de dépendance totale et de misère sociale.

La progression en 80 années a été époustouflante mais il subsiste des retards et des fragilités liés à notre position géographique.

Nous sommes lourdement handicapés par l’éloignement de l’Hexagone, pour nos approvisionnements mais aussi pour nos échanges, nos formations, nos jeunes …. on ne part pas à 10 000 km comme on part à 900 km.

Le coût du transport et des voyages vers l’Hexagone ne cesse de s’amplifier.

La Réunion s’appauvrit, ce qui est une donnée nouvelle, car depuis 1946, cela ne s’était jamais produit.

Le niveau de pauvreté s’accentue (2,3 fois plus élevé qu’en France hexagonale), les écarts entre les riches et les pauvres se creusent, les écarts sociaux également, laissant apparaître dans une île où le vivre-ensemble était une force et un atout essentiels, des conflits de valeurs, des crispations sur l’origine et la naissance.

Pour ceux qui connaissent bien La Réunion et son histoire, ceci est le signe d’un grand malaise et d’une dérive dangereuse que nous nous devons de contrer.

Voilà pourquoi la création de ce centre de contact est essentiel, et à St Benoît qui plus est, dans une région plus pauvre que les autres et souvent délaissée.

Notre territoire a besoin de cette présence d’emplois publics pour maintenir la cohésion mais également pour faire corps avec la nation toute entière, pour rapprocher l’État de ce territoire éloigné.

Nombre de Réunionnais ont pu également rejoindre leur famille grâce à ces emplois créés.

Sur une île marquée par le chômage (50 % des personnes en âge de travailler ont un emploi), le concours administratif est une porte ouverte sur l’emploi et l’avenir, accessible à tous sans distinction d’origine, de race ou de statut social. C’est l’ascenseur social de la République.

Le bon niveau des candidats réunionnais est tel que la réussite aux concours est excellente.

Pour dire simplement, s’il y avait possibilité de travailler décemment sur leur territoire, les Réunionnais passeraient moins de concours. Il y a une logique de bon sens dans tout cela.

Mais le retour à la Réunion reste un idéal. Et actuellement, l’ambition est inaccessible pour la plupart. Des familles sont éclatées, avec des enfants séparés de leurs parents, car la plupart des conjoints ont déjà sur place une situation professionnelle durement obtenue et qu’ils ne peuvent se permettre de quitter.

La nouvelle méthode d’allocation des emplois ne favorise pas les DROM. Nous subissons les mêmes règles que n’importe quel autre département de l’Hexagone, alors que nous avons des retards structurels et que nos spécificités (en matière de foncier par exemple, de fraude fiscale ou de structuration du tissu économique) ne sont pas prises en compte dans les nouveaux paramètres utilisés.

Aucune correction DROM n’a été appliquée, ce qui a conduit à un mouvement C catastrophique.

Or nombre de Réunionnais bloqués dans l’Hexagone sont des agents C.

Financièrement et socialement ils sont les plus fragiles, surtout s’ils cumulent séparation avec leur conjoint resté ici, double frais de résidence, coût de l’énergie et coût du voyage pour rentrer voir leurs enfants.

Nous appelons de nos voeux des aménagements DROM pour cette nouvelle méthode, un travail d’étude sur nos particularismes et un échange sur nos besoins spécifiques.

Nous avons des forces et des capacités d’adaptation qui sont propres à l’histoire de ce territoire, à sa situation géographique et culturelle et cette différence est, sans conteste, un atout pour notre administration.

Mais nous avons aussi des fragilités (éloignement, réseau internet peu fiable, population en grande difficulté, illectronisme...)

Nous réclamons simplement la prise en compte de cette situation hors norme.

La Réunion, petit bout de terre au milieu de l’océan et loin des grands de ce monde, se bat au quotidien et son attachement à la France est fort. Les services publics y sont une richesse indispensable pour tous ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose. Nos chocs climatiques y sont tout aussi violents qu’ailleurs, peut-être plus, car sur un territoire isolé, une sécheresse ou un cyclone c’est un drame.

Pour survivre dans ce monde perturbé, il lui faut des emplois, de la présence, du soutien et surtout une juste reconnaissance de ses besoins.

Pour faire face à ses missions, la DRFIP de la Réunion a besoin structurellement d’emplois, de services, de formations.

Vous remerciant pour l’attention que vous porterez à nos échanges, nous vous prions, Monsieur le Délégué de la Directrice Générale, de recevoir nos salutations distinguées.

Sandra Chane-Foc et Magali Billard

Co-secrétaires de Solidaires Finances Publiques de La Réunion