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Liminaire du CSAL du 21 avril 2026

 

Monsieur le Président,

Dans un article publié en mars 2026 dans Le Monde, Amélie Verdier déclarait que certains usagers « ne comprennent pas toujours » les réponses de l’administration fiscale et que la DGFiP entend désormais être « moins verbeuse », notamment via le recours à des outils d’intelligence artificielle.

Pour Solidaires Finances Publiques 33, le point le plus problématique de cet article réside dans l’évocation d’une prétendue « maltraitance administrative » imputable aux agents.

Une telle formulation est profondément inacceptable, d’autant plus qu’elle émane de notre propre Directrice Générale. Elle revient à porter une accusation grave sur les agents, en laissant entendre que les difficultés rencontrées par les usagers pourraient trouver leur origine dans leurs pratiques professionnelles.

Or, cette vision est non seulement injuste, mais aussi dangereuse. Elle occulte totalement les causes réelles des tensions dans la relation avec les usagers : complexité croissante des règles fiscales, dématérialisation massive et parfois subie, éloignement du service public, suppressions d’emplois, surcharge des services et dégradation continue des conditions d’accueil.

Dans ce contexte, les mettre en cause publiquement ne peut qu’aggraver un malaise déjà profond. Les situations de souffrance au travail sont une réalité que chacun connaît. Elles ne peuvent être ignorées, ni relativisées. De tels propos contribuent à fragiliser encore davantage des collectifs de travail déjà éprouvés et à renforcer un sentiment de perte de reconnaissance.

L’intelligence artificielle sera d’ailleurs à l’ordre du jour de ce CSAL, avec notamment une déclinaison autour du « langage clair ». Présentée comme une réponse aux difficultés de compréhension des usagers, cette orientation appelle, pour Solidaires Finances Publiques 33, la plus grande vigilance.

Derrière l’objectif affiché d’accessibilité, plusieurs risques apparaissent clairement. D’abord, un risque d’appauvrissement du contenu des réponses : simplifier à l’excès peut conduire à perdre la précision indispensable à la sécurité juridique. Ensuite, un risque de déqualification des agents, dont l’expertise technique pourrait être progressivement mise à distance au profit de formulations standardisées. Enfin, un risque de déresponsabilisation de l’administration, en laissant entendre que les difficultés relèveraient principalement de la forme des réponses, plutôt que de la complexité des règles ou des conditions d’exercice des missions.

Dans ce cadre, Solidaires Finances Publiques 33 alerte également sur le régime de responsabilité des gestionnaires publics (RGP), en vigueur depuis le 1er janvier 2023. Ce dispositif, qui concerne l’ensemble des agents, fait peser un risque direct de mise en cause devant la Cour des Comptes en cas de faute grave ayant entraîné un préjudice financier significatif.

La note du 31 mars 2026, publiée sans présentation ni discussion préalable, est à cet égard inacceptable. Elle n’apporte pas les éclairages nécessaires et ne permet pas aux agents de mesurer concrètement les conséquences de cette réforme, alors même qu’elle impacte directement leurs pratiques professionnelles et leurs responsabilités.

Enfin, Solidaires Finances Publiques 33 souhaite évoquer une préoccupation très concrète, remontée du terrain : le prix du carburant et ses conséquences sur les conditions de travail, en particulier en Gironde.

Les difficultés de transport pèsent lourdement sur les agentes et les agents, tant pour les trajets domicile-travail que pour les déplacements professionnels. Dans ce contexte, la possibilité de recourir à du télétravail exceptionnel a été évoquée. Toutefois, la communication sur ce dispositif n’est manifestement pas redescendue de manière homogène jusqu’à l’ensemble des services et des agents. Cette situation génère incompréhensions et dérives dans son application, avec des inégalités de traitement selon les services.

Ces difficultés concrètes viennent s’ajouter à des conditions de travail déjà dégradées et nécessitent des réponses à la hauteur des enjeux.

Au travers de ces différents sujets – mise en cause des agents, intelligence artificielle, langage clair, responsabilité, conditions matérielles d’exercice – c’est bien la question de la reconnaissance, du sens du travail et des moyens du service public qui est posée.

Solidaires Finances Publiques 33 appelle donc à des échanges constructifs, concrets et pleinement attentifs à la réalité vécue par les agents.