COMPTE-RENDU DU GROUPE DE TRAVAIL DU 12 NOVEMBRE 2025
RÉNOVATION DU PILOTAGE DES EMPLOIS
OU NOUVELLE ALLOCATION DES EMPLOIS
Quand on parle de rénovation, on pense en général à l'amélioration d'un objet ou d'un bien plus ou moins délabré.
À la DGFiP, c'est le « pilotage des emplois » qu'on prétend rénover. Formidable.
Sauf que ce n'est pas le « pilotage » des emplois, qui est en sale état, ce sont les emplois eux-mêmes.
Améliorer la manière de « piloter » un avion à qui il manque une aile ne l'ayant jamais aidé à mieux voler, on est en droit de se demander si modifier la manière de « piloter » des emplois en nombre insuffisants réglera vraiment le problème...
Or ici c'est bien de cela qu'il s'agit : modifier le référentiel des emplois, leur mode de comptabilisation et d'attribution. Pas les pourvoir en nombre suffisant.
Nous n'entrerons pas dans le détail des explications techniques qui nous ont été fournies. En revanche il est utile de comprendre le principe, et ce qu'il y a derrière.
Dans le système actuel, 2 notions coexistent :
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Le TAGERFiP (tableau de gestion des emplois de référence des finances publiques)
L'outil interne par excellence, qui nous donne l'affectation des emplois entre directions et structures, par catégorie.
La méthode d'allocation de ces emplois (ou MAGERFiP) repose sur des indicateurs de charge (ex : nombre de foyers fiscaux, de mandats...), d'enjeux (ex: montant des impôts gérés...) et des indicateurs socio-économiques (ex: taux de pauvreté, nombre de personnes âgées...). Le TAGERFiP correspond à des emplois pleins ou comme on le dit souvent plus prosaïquement, à des chaises, sans tenir compte des quotités (temps partiels). 1 emploi = 1 chaise.
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Les ETP (Équivalent Temps Plein)
Notion qui est utilisée dans le schéma d'emploi annuel, examiné en loi de Finances, qui correspond à la différence entre les arrivées et les sorties au 31/12 de l'année.
Tous les ans, quand on nous annonce les suppressions d'emplois (-550 en 2025 par exemple), le chiffre est donné en ETP.
Un ETP est une unité de mesure qui permet d’évaluer la quotité réelle de travail disponible : vous êtes à temps plein, vous comptez pour 1 ETP. Vous êtes à 80%, vous comptez pour 0,8 ETP.
La DG dit vouloir faire évoluer ces outils. Pourquoi ?
Officiellement parce que :
- le décalage croissant entre les effectifs en ETP et le TAGERFiP rendrait ce dernier théorique et déconnecté de la réalité ;
- la maquette d’allocation des emplois – notamment les indicateurs de charge – serait obsolète.
Qu’a-t-elle donc décidé de faire ?
- revoir la méthode d'allocation des emplois et actualiser la mesure de la triade « charge, enjeu et environnement socio-économique » ;
- prendre en compte les temps partiels dans le pilotage et allouer la force de travail réellement disponible et non un volume d’emploi théorique.
Ce qui signifie qu’à partir de 2026 :
- on ne raisonnera plus dans le TAGERFiP en emplois mais en ETP, que ce soit au niveau des Directions, ou des services au sein d'une Direction : la notion de « chaise » disparaît donc pour prendre en compte les quotités travaillées. Un exemple: si un effectif de 20 ETP est attribué à un service, cela pourrait se traduire par 21 agents si 2 sont à 50%.
Exceptions (qui confirment la règle) :
- Certains emplois échappent (temporairement) à cette nouvelle allocation des emplois, et leur nombre sera reconduit à l'identique en 2026 (modulo les suppressions/transferts d'emplois au 01/09/2026) : il s'agit des emplois comptables, des géomètres, des huissiers, des auditeurs, des conseillers aux décideurs locaux, des emplois A+, des emplois des structures du contrôle fiscal et les emplois de contrôle fiscal en Direction. Les services centraux, les Directions nationales et spécialisées, les Directions d'Outre-mer ne devraient pas non plus être concernés en 2026.
2 interrogations majeures à ce stade :
- Quelle conséquence concrète sur l'attribution globale des emplois à la DDFiP 38 ?
- Quelle conséquence concrète sur l'attribution des emplois par type de service et par type de tissu local ?
On n’en sait rien, sinon peu, puisqu’aucun chiffre précis ne nous a été fourni !
Au niveau de la DDFiP de l'Isère, nous disposons en 2025 (données TAGERFiP) de 1 315 emplois au sens de « chaises budgétaires » (108 A+, 252 A, 590 B, 365 C). Ces 1 315 emplois implantés représentent actuellement 1 189 ETP (102 A+, 246 A, 513 B, 328 C), notre Direction présentant un fort taux de vacance, de l'ordre de 10%, et un taux de temps partiel plus élevé que la moyenne nationale.
La cible 2026, autrement appelée référentiel des emplois en ETP 2026/schéma d'emplois 2026, serait de 1 227 ETP (108 A+, 267 A, 545 B et 307 C). Ces chiffres sont issus du volet emplois du Projet de Loi de Finances 2026 présenté au Comité Social d'Administration de Réseau (CSAR) du 19 décembre 2025 en seconde convocation. À ce propos, nous avons eu la surprise de ne pas avoir pour la première fois l’évolution globale des Emplois par Direction qui comporte plusieurs tableaux ventilant les suppressions d'emplois par corps et par direction. Ce n’est certainement pas un oubli. Cela s’inscrit dans la volonté de la DG de ne plus être transparente concernant les emplois.
Lors de cette réunion d’information du 12 novembre, le Directeur Frédéric GUIN a indiqué que la DDFiP 38 a « le sentiment que cette réforme va nous être avantageuse ». Avantageuse ? Au vu de la cible 2026 issue des documents du CSAR, il fallait le dire vite : quid des 21 ETP de catégorie C qui disparaîtraient au 01/09/2026 ? Y aura-t-il des transformations catégorielles d'emplois de C en B au prochain dossier emplois ? La DDFiP de l'Isère bénéficiera-t-elle d'apports nationaux d'agents C en 2026 (mutations nationales, premières affectations, recrutements contractuels) ou devra-t-elle attendre un nombre de « départ naturel d'agents » suffisant ? 
La Direction locale nous a toutefois présenté cette évolution comme plutôt positive pour les chefs de service, dont la vision sur leur effectif sera plus claire, et pour les collectifs, puisque les temps partiels pourront être compensés.
Dit comme ça, ce serait séduisant. Sauf que :
- La DG continuera de décider seule, par de savants calculs opaques, les critères d’attribution des moyens humains en ETP. La Direction locale, si elle n’a aucune marge de manœuvre sur le nombre global attribué, et sur la répartition par catégories (A+, A, B, C…), se félicite néanmoins par la voix de Frédéric GUIN de retrouver une « grande marge de liberté dans l'allocation des ressources, tout en étant libre de respecter la MAGERFiP ou pas » ! Bref, le Directeur pourra gérer la pénurie comme il l'entend, de manière discrétionnaire : c'est une nouvelle étape dans la déconcentration des règles de gestion, processus qui accentue les pressions exercées sur les cadres et les agents, dont la conséquence est le renforcement de la culpabilisation et de l'individualisation.
Ce qui signifie, que, comme avant, un service mieux doté le sera au détriment d’un autre.
- dans le même temps, il n'est absolument pas question ni de cesser la saignée des emplois à la DGFiP, ni de pourvoir les postes vacants, conditions indispensables pour permettre aux services de fonctionner correctement, et aux collègues de travailler dans de bonnes conditions.
- les possibilités de recrutement se retrouvent réduites : on parle désormais de « chances » de recruter et non plus de « droits ». Ainsi, il faudra avoir un taux de vacance local plus dégradé que la vacance nationale moyenne pour bénéficier d'apports nationaux d'agents au niveau de la Direction !
- pire, on assiste à une perte de visibilité pour les agents, et une perte dans leur mobilité choisie (nationalement et localement), invisibilisation des vacances de poste oblige !
Les vacances de poste ?
Elles sont actuellement principalement dues au fait que le TAGERFiP, avec son mode de calcul actuel, va au-delà des possibilités de recrutement, liées aux autorisations budgétaires très limitées !
Il y a donc 2 possibilités pour supprimer les vacances :
- autoriser budgétairement plus de recrutements ;
- faire disparaître les vacances par un tour de passe-passe en modifiant le référentiel !
Et bien sûr, vous devinez quelle solution a été choisie... ces postes vacants qui n'existeront plus, la DG espère certainement qu'on oubliera qu'ils nous manquent cruellement...
Ainsi, on modifie les indicateurs, on recalcule tout ça, et hop, moins de vacances !
Sauf qu'il ne suffit pas de modifier un chiffre pour modifier la réalité.
Et cette réalité, elle est têtue, matérialisée par les fiches de signalement, les arrêts maladie, les rapports de la Formation Spécialisée (ex-CHSCT), les écrêtements, et tout simplement par la réalité du terrain. Réalité que les Bertrand RENARD de Bercy (avec eux, notre « compte est bon ») ne peuvent pas, ou ne veulent pas, imaginer.
Conclusion ?
Pour que les agents continuent à trimer sans leur fournir les moyens nécessaires, modifions (pardon ! « rénovons ») le référentiel. C’est vrai qu’on se sent tout de suite mieux. Merci la DGFiP.
La suite, très concrète, au prochain Comité Social d'Administration Local (CSAL) dédié aux suppressions d'emplois, programmé à titre prévisionnel le mardi 27 janvier 2026 !


