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Depuis le 1er janvier, 12 suicides et 8 tentatives de suicide sont à déplorer au sein de la DGFiP. Les chiffres déjà dramatiques des années précédentes ont d’ores et déjà été dépassés en seulement quelques mois. Au regard des conditions de travail dans notre administration, Solidaires Finances Publiques s’inquiète profondément de cette situation. Nous attendons une réponse à la hauteur des enjeux humains, professionnels et collectifs qu’ils soulèvent.

 

Nous savons salué la réactivité dont ont fait preuve certaines directions locales pour accompagner les collectifs de travail et l’engagement de la DG à systématiser les points d’information au sein de la formation spécialisée de réseau, ce qui peut contribuer à une meilleure visibilité de ces situations dramatiques.

 

Cependant, cette approche, encore trop centrée sur la gestion de crise et l’accompagnement post-événement, reste insuffisante. Il est indispensable d’aller plus loin dans l’analyse des causes, en interrogeant de manière systématique ce qui, dans le travail et dans son organisation, a pu contribuer à la survenue de ces gestes irréversibles. Il ne s’agit pas de désigner un coupable mais de sortir d’une lecture individualisante ou psychologisante. Nous savons, de par notre engagement syndical et notre proximité avec les agent·es, que de nombreuses situations dramatiques comportent une composante professionnelle non négligeable, qu’il s’agisse de surcharge de travail, de conflits hiérarchiques, de perte de sens ou de solitude dans l’exercice des missions. Ce sont trop souvent des pesanteurs qui deviennent des fardeaux et qui atteignent et dégradent la vie privée. La prévention ne peut progresser sans une volonté ferme de mettre le travail sur la table, d’en faire l’objet central des investigations et de dégager collectivement des leviers de transformation.

 

Nous sommes par ailleurs très surpris qu’en treize années, seuls trois suicides aient été reconnus comme ayant un lien établi avec le travail. Ce chiffre interroge sur les critères utilisés pour établir ce lien et pose la question de la réelle volonté institutionnelle de faire émerger une compréhension fine des conditions de travail ayant pu contribuer à ces gestes.

Nous ne contestons nullement que des facteurs personnels puissent entrer en jeu dans la survenue de tels drames. Chaque situation est singulière, chaque trajectoire individuelle mérite d’être entendue avec respect. Mais que l’administration, dès la survenue de l’évènement, réduise ces drames à des fragilités individuelles est à la fois indécent et préoccupant.

Une telle posture revient à nier la part de responsabilité que peuvent avoir l’organisation du travail, les méthodes de management, les choix politiques de restructuration ou encore le manque chronique de moyens. Ce discours, trop souvent répété, empêche de voir ce que le travail fait aux personnes, en particulier à celles et ceux qui y investissent profondément leur énergie, leur conscience professionnelle et parfois leur identité. Refuser d’interroger le rôle du travail dans ces tragédies, c’est tourner le dos à toute politique de prévention digne de ce nom. C’est aussi faire peser sur les agent·es le poids d’une souffrance qu’ils n’ont pas à porter seuls.

 

De même, nous regrettons que la réponse de l’administration reste largement centrée sur l’accompagnement psychologique post-événement. Ce type d’intervention, s’il peut être utile à court terme, ne saurait tenir lieu de politique de prévention. Ce qui est en cause, c’est aussi et surtout l’organisation du travail, les conditions d’exercice des missions, l’isolement des agent·es dans des collectifs affaiblis, la pression sur les résultats et l’absence d’espaces de régulation du travail. Nous ne pouvons nous satisfaire d’une prévention construite uniquement sur la remédiation individuelle. Se réparer, se renforcer, restaurer ses « ressources individuelles » pour mieux repartir dans le système qui vous a broyé, à quoi bon si ce système n’a pas été remis en cause ? La prévention doit se faire dans une approche collective, structurelle et ancrée dans la réalité du travail tel qu’il se fait au quotidien.

 

Il ne suffit plus d’accompagner après coup. Il ne suffit plus de dire que l’on est attentif, que l’on a à cœur d’être vigilant au bien-être des agent·es. Il est temps que l’administration assume pleinement sa responsabilité et sorte de l’évitement. Nous exigeons la mise en place d’une politique de prévention à la hauteur des enjeux, qui cesse de détourner le regard du travail réel, de ses impasses, de ses violences silencieuses.

 

Cela suppose du courage politique une volonté affirmée de remettre en débat l’organisation du travail elle-même et de tirer les conséquences des restructurations incessantes que les personnels de la DGFiP subissent depuis sa création. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra espérer faire de la santé au travail autre chose qu’un affichage.

 

Nous vous invitons par ailleurs à lire la déclaration liminaire du 8 juillet qu’ont lue nos camarades de Solidaires Finances au président de la Formation spécialisée ministérielle (cf PJ).pdf20250708_FSm_liminaire_def.pdf

Enfin, vous trouverez ci-dessous les articles du Monde et de Sud-Ouest évoquant cette sombre actualité.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/07/08/une-vague-de-suicides-secoue-la-direction-generale-des-finances-publiques_6619817_823448.html

https://www.sudouest.fr/politique/machine-a-broyer-et-vague-de-suicides-la-direction-generale-des-finances-publiques-passee-au-rouleau-compresseur-25161564.php

 

 

canicule

De FRAIS à CHAUX, le 90 n'est pas épargné par le dérèglement climatique...

Météo France nous annonce un nouvel été caniculaire et les prévisions semblent se vérifier depuis une dizaine de jours. Mais qu'en est-il de vos droits en cas de périodes caniculaires ?

Le 27 mai 2025, le décret n°2025-482 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur a été publié avec entrée en vigueur un mois après sa publication.

Même si, comme on pouvait malheureusement s’y attendre avec ce gouvernement, les mesures prévues par le décret, rédigées dans d’agréables bureaux… climatisés, sont bien plus tièdes que la température ambiante (par exemple : parler d’augmenter « autant que nécessaire » la quantité d’eau mise à disposition des travailleur·euses relève d’une telle évidence que présenter cela comme un progrès de la réglementation relève bien du déni), son objectif affiché reste de renforcer les obligations des employeurs pour protéger la santé des travailleurs lors d’épisodes de chaleur intense, en lien avec les seuils de vigilance Météo-France et notamment via une évaluation des risques et la mise en œuvre de mesures de prévention.

Les principales obligations de l'employeur sont les suivantes :

  1. Température adaptée dans les locaux de travail ( art R. 4223-13)

  2. Mise a disposition d'eau potable et fraîche (min. 3L/jour si pas d'eau courante)

  3. Évaluation obligatoire des risques chaleur dans le DUERP (art R. 4463-2)

  4. Mise en place de mesures concrètes (R. 4463-3) :

    • Adaptation des horaires, repos

    • Moyens techniques (ombre, ventilation)

    • Équipements de travail adaptés

    • Formation des travailleurs

  5. Adaptation pour les travailleurs vulnérables (art R. 4463-5)

  6. Signalement des malaises et moyens de secours (art R. 4463-6)

  7. Prise en compte dans les plans de prévention

En résumé, la DGFiP doit veiller à ce que les conditions de travail en période de canicule soient pleinement conformes au décret du 27 mai 2025, qui renforce les obligations de l’employeur. Ces obligations ne sont en réalité que des mesures de bon sens, indispensables face aux épisodes de forte chaleur.

Solidaires Finances Publiques, par l’intermédiaire de ses représentant·es du personnel, sera particulièrement vigilant quant au respect de ces dispositions, notamment en veillant à l’intégration systématique du risque “canicule” dans les DUERP et les PAPRIPACT. Cela doit permettre de prévoir des mesures de prévention concrètes, activables rapidement à chaque épisode de chaleur intense – des épisodes qui, dans le contexte du réchauffement climatique, seront sans doute plus fréquents et plus intenses.

Dans notre Territoire de Belfort, Solidaires Finances Publiques a demandé un recensement rapide des besoins en ventilateurs afin de palier immédiatement aux effets de l’épisode caniculaire en cours dans l’ensemble des services exprimant des besoins. Nous avons aussi alerté sur la situation particulière vécue par les collègues du PNCD, où la climatisation est en panne et où des températures mesurées dans les bureaux atteignent 33°. Aucune échéance n’a pu à l’heure actuelle nous être communiquée quant à la réparation de la climatisation. En l’attente, nous avons demandé que des ventilateurs supplémentaires soient urgemment mis à disposition des effectifs.

Si nous constatons avec satisfaction que la Direction a réagi rapidement à ces demandes, nous rappelons aussi que de telles dispositions ne doivent plus être prises dans l’urgence mais être ANTICIPÉES. Le changement climatique n’est pas un imprévu. Ses conséquences sont déjà visibles, elles sont documentées et sont appelées à s’amplifier, tant en fréquence qu’en amplitude. Les climatologues ont par exemple expliqué qu’un été torride tel que celui vécu en 2022 avait alors une probabilité de 1/10 de se produire, sa probabilité sera de 1/2 en 2050 et il sera considéré comme un été froid en 2070. Changeons de paradigme : à la réactivité (aussi louable soit-elle quand elle est constatée, mais qui amène inévitablement à « bricoler » dans l’urgence en fonction des moyens disponibles) substituons une véritable anticipation. Léonard de Vinci disait « Ne pas prévoir, c’est déjà gémir ». Ne pas prévoir, il pourrait nous en cuire.

Ainsi, nous demandons que des facilités de télétravail exceptionnel soient accordées à l’ensemble des agent·es, y compris celles et ceux qui n’auraient pas conclu de contrat. Lorsqu’il ne s’agit plus seulement de confort mais de santé au travail, il ne faut jamais que le travail prime sur l’intégrité physique d’un·e agent·e, notamment pour les plus fragiles d’entre nous.

Tant pis pour les stats, tant pis pour les objectifs et les primes subséquentes, tant pis pour la « performance ».

Enfin, Solidaires rappelle qu’avant l’adaptation au changement climatique, il faut d’urgence prendre des mesures pour freiner ce dérèglement et ce réchauffement, sans culpabiliser individuellement les travailleur·euses, mais en s’attaquant en premier lieu aux entreprises, activités et énergies émettrices des gaz à effet de serre… et de profits aussi indécents que sous-taxés. Il n’est jamais trop tard mais attendre compliquera tout.